Le Télégramme, l'info vous suit partout Sous-mariniers. Leur monde percé à jour

Ancien commandant de la flottille des SNLE de l'île Longue, Dominique Salles collabore activement à cette encyclopédie consacrée à l'histoire des sous-marins.

Ancien commandant de la flottille des SNLE de l'île Longue, Dominique Salles collabore activement à cette encyclopédie consacrée à l'histoire des sous-marins.

 

Que sait-on au juste de la vie d'un sous-marinier ? Même leurs proches ignorent tout ou une bonne partie de leur univers. Un travail encyclopédique autour des sous-marins français a démarré en 2007. Plusieurs anciens commandants y contribuent, à l'image du truculent Dominique Salles.

Qui mieux que d'anciens sous-mariniers pour raconter leur métier et évoquer l'épopée des sous-marins militaires français ? Le travail chronologique de cette encyclopédie, des tout premiers sous-marins à aujourd'hui, a démarré en 2007 (le premier tome est sorti fin 2009) et se poursuit actuellement autour de la période contemporaine.

Comment raconter ce qui, pendant des années, est resté muré dans le monde du silence ? Comment percer l'enveloppe d'un monde qui s'est nourri et construit autour du secret et de la discrétion absolue ?

Aux côtés de l'amiral Thierry d'Arbonneau, ils sont six principaux contributeurs à s'être lancés dans cette aventure dont l'amiral Dominique Salles, ancien commandant de sous-marins et de la flottille des SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d'engins) de l'Île Longue.

Documents déclassifiés

 

Ils ne racontent pas tout et ne s'appuient que sur des documents et des notions déclassifiées. Pas question de mettre en danger la vie de ceux qui plongent encore et d'ébranler les fondements d'une dissuasion nucléaire toujours aussi sensible.

« Notre projet est d'expliquer le monde des sous-marins, comme cela ne s'était jamais fait en France ». L'éditeur SPE Barthélémy avait montré la voie dans son encyclopédie de la gendarmerie. Le défi concernant les forces sous-marines était encore plus ambitieux.

 

Des milliers de documents, de photographies et de témoignages ont été exhumés des archives. En se rapprochant de la période contemporaine, les contributeurs se sont heurtés à un certain nombre de documents encore protégés. Le dernier tome de la série, qui s'est fixé pour objectif d'évoquer le monde des sous-marins militaires français, de 1991 à 2016, bute régulièrement sur des éléments classifiés. Mais le temps fait son oeuvre. « Nous ne traitons que des documents auxquels la défense nationale nous a donné accès », résume Dominique Salles qui, par ailleurs, a enquêté de nombreuses années autour des causes du naufrage du Bugaled Breizh (en privilégiant la piste de la croche avec un sous-marin américain). Celui qui est également président de l'Association des amicales de sous-mariniers (Agasm) depuis 2016 fait de la rigueur et de la loyauté les deux piliers majeurs de cette encyclopédie. « Nous avons l'objectif d'être le plus précis possible sur un sujet d'une incroyable technicité. La construction et la mise en oeuvre d'un sous-marin, c'est 1.000 Concorde réunis, croyez-moi ! ».

Marins de l'ombre

 

Vie à bord, missions diverses, patrouilles sous la glace, histoire et construction de ces navires nés dans l'ombre de la chasse sous-marine ou de la dissuasion nucléaire, témoignages de ceux qui les ont traqués... Ces passionnés de toujours réalisent un gros travail de compilation et d'analyse. « Pour une fois que des sous-mariniers peuvent ouvrir leur gueule ! », claque de sa verve colorée de Saint-Chinian (Hérault), celui qui se distingue dans le monde feutré de la sous-marinade. Celui qui, à 11 ans, annonçait déjà à ses parents qu'un jour, il serait commandant de sous-marin ! Dominique Salles n'a rien perdu de sa fougue ni de son enthousiasme. « Je crois avoir commandé avec le coeur », raconte celui qui n'a jamais cessé de tisser de l'humain au sein de ses équipages.

« Lors des obsèques de copains sous-mariniers et à l'occasion de mes prises de parole pour leur rendre hommage, j'ai mesuré combien leur vie et leurs qualités professionnelles étaient totalement ignorées de leurs proches ». « Il fallait lever le voile pour tous ceux qui ont travaillé dans l'ombre ! ».

« Vous savez, partir en patrouille, c'est un peu comme décoller pour la lune. Votre équipage au complet vous suit sans sourciller, à bord d'un tuyau noir, sans jamais connaître sa position, entouré de missiles nucléaires prêts à l'emploi, en abandonnant tout de la terre pendant 70 jours... Il se passe vraiment quelque chose. C'est difficile de décrire le niveau d'intensité de cette relation. C'est aussi pour ça que nous nous sommes lancés dans ce projet ».

Sous-marinières ?

L'encyclopédie revient sur l'origine et les fondements de la dissuasion nucléaire navale, n'occulte pas les accidents qui ont endeuillé le milieu mais n'aborde pas encore l'arrivée des femmes à bord des sous-marins nucléaires français. Trop tôt ! Les premières femmes officiers viennent tout juste d'entrer « en phase d'expérimentation » à bord des sous-marins de l'Ile-Longue. « Y aura-t-il pérennité dans le recrutement de ces officiers féminins ? Pourra-t-on élargir cette ouverture à Maistrance ? », se demande, plus que dubitatif, l'ancien commandant d'escadrille de SNLE à peine gêné de torpiller le politiquement correct sur le sujet. Et si le monde des sous-marins militaires restait une affaire d'hommes, ultime bastion résistant à la féminisation ?

 

Article du Télégramme - Publié le 26 mars 2018 à 00h00 Modifié le 26 mars 2018 à 05h10 - Auteur Stéphane JEZEQUEL
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